Plus personne ne parle d’Haïti ! D’autres tremblements de terre, accompagnés des tsunamis, ce qui est un must, ont ravi la vedette à ce pauvre pays. Pauvre, c’est le terme approprié. Au palmarès de la pauvreté, Haïti se classe dans le top 10 ! Le tremblement de terre chilien a été beaucoup plus puissant que le séisme haïtien. Pourtant, il a fait 300 fois moins de victimes. Parce que les catastrophes sont plus catastrophiques pour les pauvres. Mais pourquoi ce pays, situé sur une île paradisiaque des Caraïbes est-il si misérable ? La faute à pas de chance ? Une vengeance divine ? Une malédiction vaudou ? A présent que les médias ont trouvé d’autres sujets dignes de faire Une, tentons de répondre à cette question. En 1492, un génois sponsorisé par le Royaume d’Espagne, Christophe Collomb, imagine rejoindre les Indes en mettant cap à l’ouest, histoire de prouver que tous les chemins mènent à Rome. C’est par hasard qu’il échoue là où la main de l’homme blanc n’avait jamais mis le pied. On dira plus tard qu’il a découvert l’Amérique, même s’il ne vit jamais le continent. C’est donc le 12 Octobre 1492 qu’il toucha terre sur une île des Bahamas, nommée Guanahani par les indigènes., après avoir découvert les Grandes Antilles, Cuba et Haïti. C’est sur cette dernière île (Hispanola) que la Santa Maria s’échoua un soir de Noël. L’endroit n’était pas désert et le navigateur loua la gentillesse et la douceur des indigènes, des « indiens » pacifiques, les Taïnos. On estime leur nombre à 60 000 à l’arrivée des espagnols. Ils n’étaient plus que 600 une trentaine d’années plus tard. Et, très rapidement, il n’en resta plus un seul ! Assassinés, massacrés, réduits en esclavage, se suicidant souvent pour échapper à l’asservissement, décimés par des maladies importées d’Europe, les Taïnos sont la preuve de la supériorité de la civilisation sur les peuplades indigènes. Car les sujets d’Isabelle la Catholique étaient baptisés et avaient une âme de fort belle facture. Alors que les Taïnos étaient des sauvages qui n’entendaient rien au latin de messe ! Quand le dernier des ces païens rendit son dernier soupir, les colonisateurs civilisateurs se rendirent compte qu’il n’y avait plus de bras pour cultiver la canne à sucre ! Zut et crotte de bique s’exclamèrent-ils en différentes langues, car la découverte des espagnols avait fait tant de bruit que les Anglais et les Français commençaient à rôder dans les parages. Or donc, la disparition des indigènes posait problème. Bon sang, mais c’est bien sûr, s’écria un génie civilisé, des païens sans âme que la morale chrétienne nous autorise à transformer en esclaves, il y en a plein en Afrique. Chic alors. On enleva donc des dizaines de milliers d’Africains, qu’on transporta comme du bétail jusqu’aux Antilles, pour participer à la prospérité des pays européens. Les plantations dans lesquelles travaillaient ces esclaves ressemblaient à des camps de concentration, avec miradors, salles de torture ou d’exécutions. Un sombre et triste jour, sous l’impulsion d’un affranchi (« donne du grain à un baudet, il te filera un coup de sabot » !) nommé Toussaint-Louverture, ces sauvages sans foi ni loi se révoltèrent et foutant une sévère branlée à leurs maîtres, et se déclarèrent libres. Ils envoyèrent des émissaires à Paris, ou les révolutionnaires décidèrent d’abolir l’esclavage et de donner la nationalité française aux anciens esclaves. Heureusement, en 2002, le Grand Napoléon, Empereur de Mes Deux, décida de rétablir l’esclavage ! Le saint homme ! Mais les sauvages ne l’entendaient pas de cette oreille et à nouveau, ils se rebellèrent ! Foutant une autre branlée aux colonisateurs civilisateurs. Napoléon se vengea en faisant mourir Toussaint-Louverture dans un fort glacial du Jura. Mais ses congénèrent déclarèrent l’indépendance en 1804 ! Comme un français sur huit vivait grâce au pillage des richesses d’Haïti, la « fille aînée de l’Eglise », sous le commandement de Charles X, envoya sa flotte encercler la jeune république noire et menaça de la rayer de la carte, à moins qu’elle ne paye une rançon de 150 millions de Francs Or, à titre de compensation pour son indépendance. La civilisation l’emporta sur la barbarie, car les Haïtiens furent contraints de payer. Ils durent même emprunter à la France, à des taux d’intérêt invraisemblables, pour régler la rançon. Ils payèrent. Payèrent. Payèrent… Jusqu’en 1952 ! Quelle était la question ? Pourquoi sont-ils si pauvres ? Bof, je ne sais pas. Mais j’ai compris ce qu’est une civilisation. Le moment, historiquement bref, qui précède la décadence !
On peut certes regretter le peu de cas qu’on fait, ici aussi, des élections européennes, indifférence symbolisée par le scandale de la rétention des résultats jusqu’à plus de deux heures du matin, mais je crois que trois au moins des élus sont des européens convaincus et qu’ils feront œuvre utile au PE.
Diversité ! Le mot est aujourd’hui à la mode. Qu’il s’agisse de la biodiversité ou des diversités culturelle, ethnique ou sociale. Pourtant, l’idée n’est pas nouvelle. Elle est même à la base de l’évolution des espèces. Pour que deux individus donnent naissance à un troisième, il faut qu’ils additionnent des différences. Différence de sexe, bien sûr, mais aussi différences génétiques. Il en va de même des sociétés. Quand Jean-Marie Le Pen déclare : « «J’aime mieux ma fille que mes nièces, mes nièces que mes cousines, mes cousines que mes voisines… », il profère, comme à son habitude, une énormité. Car il oublie simplement que la Loi fondatrice de l’humanité, c’est justement de s’allier à ce qui est étranger. Sauf à recommander la généralisation de l’inceste ! Or la consanguinité mène à la dégénérescence de l’espèce. Dans l’histoire, les civilisations refermées sur elles-mêmes, étanches aux échanges, réfractaires aux métissages, opposées aux mélanges… ont fini par végéter ou disparaître. L’exemple le plus terrifiant reste la tragédie nazie, basée sur l’affirmation démente de la pureté de la race, du mépris de la différence, de la quête meurtrière de la suprématie. Avec le résultat que l’on sait ! Les conséquences dramatiques de cette expérience criminelle, caricature de toutes les dérives sectaires basées sur l’exclusion et le nationalisme, ont conduit les pays les plus meurtris par la guerre à s’engager dans la voie d’une Europe unie et pacifique. Le Luxembourg en faisait partie. Le Luxembourg a beaucoup donné à l’Europe. Le Luxembourg a beaucoup reçu de l’Europe. Et il n’est pas étonnant, que, compte tenu de sa situation géographique, historique, économique, démographique, linguistique…, le Luxembourg ait, malgré sa taille, joué un rôle aussi important dans ce fantastique projet ! Autrefois situé au beau milieu des champs de bataille européens, le Grand-Duché s’est retrouvé naturellement au cœur d’un vaste espace de coopération et d’échanges, de paix et de progrès. Certes, cette Europe est perfectible. Certes, il lui arrive de décevoir. Aussi bien quand elle renonce à ses responsabilités que lorsqu’elle tend à se réduire à un espace de libre échange économique, oubliant sa vocation culturelle, solidaire et humaniste. Quand, à Strasbourg, tous les parlementaires membres du Parti Populaire Européen, groupe où siègent aussi bien les partisans de Sarkozy que ceux de Berlusconi ou les députés CSV, votent comme un seul homme (à une exception près) la tristement fameuse « directive de la honte »